Germaine Richier, La forêt, 1946-1947, bronze

La Forêt

C’est à Georges Limbour que nous devons une des premières descriptions de cette sculpture, aperçue lors d’une visite de l’atelier de l’artiste : « Quand nous allions sortir, Germaine Richier […] eut l’envie de nous découvrir un objet d’environ un mètre cinquante de haut, enveloppé de tissus humides. Elle le désemmaillota donc, car ici la bandelette est d’un usage contraire à la manière dont on l’employait chez les égyptiens : au lieu qu’elle enveloppe les corps après la mort, c’est avant leur naissance complète qu’elle les protège. C’était donc un travail inachevé : un homme forêt, fait d’une branche d’arbre judicieusement choisie, de glaise, de fil de fer, et je crois qu’il y avait encore de la mousse, oui, tout au moins sur la branche. Sans doute ces différentes natures n’étaient-elles que provisoires, livrées par l’inspiration immédiate, rassemblées telles quelles dans l’élan de l’inspiration et destinées à s’effacer plus tard devant le plâtre. » Un an plus tard, en 1948 lors d’une visite à l’exposition consacrée à Germaine Richier par la galerie Maeght, Georges Limbour eut l’occasion de voir la version en bronze de la sculpture : « … voici un homme-forêt, qui est en bronze. A ses formes, on devine que cet être […] a été primitivement composé de diverse substances disparates, telles que la terre et des végétaux. On voit bien, par exemple, que son bras droit est le moulage d’une branche d’arbre noueuse qui évoquait un bras et une épaule. Il s’agit donc là d’une opération qui rappelle en peinture le collage, avec cette différence qu’ici l’objet rapporté s’est trouvé transmué, a changé de nature, passant du bois au bronze et, par là même, s’est totalement intégré à l’unité de l’ensemble… »

Germaine Richier (1902-1959)

Sculpteur, dessinateur, graveur, Germaine Richier est formée par Antoine Bourdelle à Paris entre 1925 et 1929, au même moment qu’Alberto Giacometti, après une première formation à l’École des Beaux-Arts de Montpellier. Pendant de nombreuses années, elle sculpte de manière classique – modelant des visages aux traits précis – jusqu’en 1939 où l’ensemble s’émancipe du modèle pour revêtir une figuration inédite et singulière, à la limite du fantastique. On parle d’hommes insectes, d’un monde ou d’un univers antéhistorique, qui n’a pas été écrit et qui s’épanouit dans les sous-bois de l’atelier.
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