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L'architecture

Une œuvre majeure aussi méditerranéenne qu’avant-gardiste

Dans les années 1950, Josep Lluís Sert réalise le vaste atelier de son ami Joan Miró, également catalan, à Palma de Majorque. Aimé Maeght, galeriste et éditeur de Miró depuis 1947, décide de lui confier son grand projet : la réalisation de la première fondation privée, reconnue d’utilité publique, dédiée aux arts visuels en Europe.

Né à Barcelone en 1902, Josep Lluís Sert étudie à l'École d'architecture de Barcelone, ville dont il se passionnera à inventer l’entrée dans la modernité. Ses influences mêlent Gaudí et le Bauhaus, le rationalisme et la tradition catalane baignée de lumière et de vitalité.
Actif dès la fin des années 1920 au sein de groupements avant-gardistes d’artistes et architectes catalans et espagnols (le GATCPAC, l’ADLAN), soutenus par Joan Miró comme Salvador Dalí. C’est donc très jeune que Josep Lluís Sert rencontre architectes et artistes dont Picabia, Arp, différents acteurs Dada… La découverte de Le Corbusier, qu’il viendra rejoindre en 1928 à Paris pour travailler à ses côtés, est déterminante. Bien plus tard, Sert l’assistera dans la réalisation du Carpenter Center of the Visual Arts à l’Université d’Harvard (1962), seul bâtiment construit aux Etats-Unis par Le Corbusier et Guillermo Jullian de la Fuente.
L’intensité des échanges artistiques des années 1930, puis les bouleversements politiques et la guerre d’Espagne, conduisent Sert de Barcelone à Paris, puis à Harvard. Europe, Etats-Unis, Amérique du Sud, Bagdad… Reconnu dans le monde entier comme l’un des plus grands architectes de son temps, il reçoit notamment en 1981 la Médaille d'or de l'American Institute of Architects. Il meurt en 1983 à Barcelone.

La Fondation Maeght : un « site » pour l’art aussi novateur qu’intemporel

La Fondation Maeght n’est pas un musée. Elle naît du désir d’un lieu où Aimé et Marguerite Maeght pourraient présenter l'art moderne et contemporain sous toutes ses formes tandis que leurs amis artistes viendraient y travailler et échanger autant qu’exposer. Un jardin de sculptures en guise d’entrée, une agora pour se réunir (la Cour Giacometti), des bâtiments agencés autour de patios, un campanile pour la chapelle, une « salle de la Mairie », une maison-atelier… C’est en humaniste que Sert conçoit, dans un dialogue constant et étroit avec Aimé Maeght, une architecture de village autant dédiée aux artistes qu’ouverte et accueillante pour les amateurs d’art.

C’est en moderniste que Sert réinterprète ici les codes du village méditerranéen, la blancheur, la terre, les patios... Sans brutalisme, son lexique intègre la géométrie, la rationalité fonctionnelle, la netteté des formes. Les couleurs primaires sont présentes et donnent vie à l’ensemble.
Sert nourrit en outre sa pensée architecturale des arts visuels. Il intègre dans sa construction des éléments inspirés des œuvres. C’est ainsi, main dans la main avec Aimé Maeght, mais également avec Miró et les artistes présents, qu’il réalise la Fondation.
Pour admirer les œuvres, il conçoit un éclairage naturel indirect et un parcours spatial propice à la contemplation. Avec seulement 850 m2 d’espaces couverts, il propose une variété unique et modulable de volumes et d’espaces, intérieurs et extérieurs.

Un chef-d’œuvre de l’architecture moderne par ses rythmes et son intelligence de l’environnement

Les espaces pensés par Sert et Aimé Maeght offrent d’infinies possibilités de circulations et de respirations. Rien ne se répète à l’identique bien que se dégage de l’ensemble une grande homogénéité. Tout est dans l’attention portée aux détails, aux écarts. Ces ouvertures de tailles variées, ces marches à descendre et à monter, ces enroulés de salles et ces passages de dedans à dehors qui font perdre la notion de temps. Sans oublier, ce soleil qui parcourt la Fondation tout au long du jour d’est en ouest, offrant toutes les nuances de lumière.
D’autre part, Sert a littéralement intégré le lieu et la nature, y compris leurs mythes, à sa construction. Ce faisant, avec ses formes archétypales et notamment ses toits en impluvium évoquant tantôt un disque solaire tantôt les cornes d’un taureau, il a créé un lieu à la fois unique et intemporel. Il permet au visiteur de découvrir dans un même mouvement les chefs-d’œuvre présentés et la beauté de la nature environnante, la forêt, les montagnes, la mer.